Concert

IDOMENO, RE DI CRETA K. 366

Quand il reçu la commande au milieu de l’année 1780, d’un grand opéra pour le prochain carnaval de Munich, on peut supposer que Mozart entrevit l’occasion de mettre à profit de façon éclatante le fruit de sa propre expérience de compositeur lyrique : auteur à 24 ans d’une douzaine d’opéras, il rongeait son frein depuis Il Re Pastore en 1775. En outre, il était riche de ses découvertes récentes temps à Mannheim où les mélodrames de Benda bouleversèrent sa conception du récitatif, qu’à Paris où Gluck accomplissait une véritable révolution. Il dévorait aussi livrets et partitions.

Idoménée n’est pas tant un drame qui finit bien qu’un enchaînement de péripéties menant à la victoire de la lumière et de la raison sur les passions obscures et la rage destructrice. Elettra est toujours en opposition aux autres personnages mais « Idol Mio » au deuxième acte est un espace de beauté absolue où la lumière du personnage se révèle. On trouve cela dans tous les opéras de Mozart. Il ne juge pas les défauts ; il s’identifie à certains aspects. J’ai toujours été frappé de la bienveillance de Mozart à l’égard du genre humain. Il y a toujours place pour le positif.

Le caractère novateur d’Idoménée que l’on peut associer à un geste révolutionnaire ne résulte pas d’un parti pris de départ ; ce que nous appelons sa modernité est en fait liée à une nécessité de compositeur: c’est par des subtilités harmoniques et rythmiques qu’il caractérise ses personnages.

 

Ainsi, Elettra étant une figure dramatique, Mozart aura recours pour la cerner à une écriture plus riche avec des oppositions dynamiques, des accents sur les temps faibles. C’est nouveau mais les intuitions de Mozart sont souvent liées au théâtre il les transcende. La où un autre compositeur aurait plutôt privilégié l’élément de surprise, il utilise, par exemple l’alternance forte/piano pour articuler la forme du texte musical de l’aria « tutte nel cor vi sento » au premier acte. Ce qui pourrait n’être que descriptif devient organique.

À la différence de Joseph Haydn qui initie les formes classiques sur lesquelles nous vivons encore, Mozart, comme Bach m’apparaît comme un esprit synthétique. Il amalgame les tendances éparses, parfois contradictoires, et s’approprie tout ce qui existe à son époque. C’est de cette façon qu’il innove. Ainsi sans renier le modèle italien de l’opéra séria complètement « digéré », Idoménée intègre l’héritage de la tragédie lyrique française bien au-delà de l’Idoménée de Campra avec ses tempêtes et ses effets spectaculaires. Quand Mozart écrivit à son père, au moment où il renonça à la reprise envisagée à Vienne que, s’il avait pu remanier son œuvre, il l’eût fait de manière à la rendre plus « française », je pense que c’était en référence à l’aspect spectaculaire, à l’importance considérable des chœurs et à l’esprit de la danse.

Idoménée est aussi, pour l’audace de l’écriture orchestrale, le fruit de la rencontre de Mozart avec les musiciens de Mannheim. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas poursuivi dans cette voie. Il y a des choses qu’on ne peut pas refaire. Je suis fasciné par cet opéra. Par exemple par la présence sous-jacente de Neptune incarné par l’orchestre dans l’ouverture ou par le fondu enchaîné entre l’air d’Elettra et la tempête. Je ne peux m’empêcher de voir dans cette œuvre un geste singulier, abouti et sans descendance.

Le Cercle de l'Harmonie
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