13 novembre à l’auditorium de Lyon : « on n’est pas sérieux quand on a 17 ans… »

Jérémie Rhorer a imaginé ce programme singulier pour l’Auditorium de Lyon, autour de 3 œuvres de Mendelssohn, Mozart et Bizet pour justement contredire cet aphorisme de Rimbaud et montrer à quel point la jeunesse peut aussi produire des œuvres majeures, des œuvres de maturité. La musique échappe donc  à l’axiome qui voudrait que jeunesse rime avec inexpérience, balbutiements, immaturité. La musique est au-delà, harmonie, universelle et transcendante. J’ai choisi ces œuvres de jeunesse, toutes composées autour des 17 ans des compositeurs,  toutes trois nous étonnent par leur génie et leur aboutissement.

FELIX MENDELSSOHN BARTHOLDY
Les Hébrides (La Grotte de Fingal), ouverture de concert op. 26

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Symphonie n° 25, en sol mineur, KV 183 (173dB)

GEORGES BIZET
Symphonie n° 1, en ut majeur

Plus qu’une ouverture de concert, Mendelssohn composa un petit poème symphonique, classique dans sa forme et profondément romantique dans ses couleurs et ses émotions. Les ondulations des cordes, se heurtant dès le commencement de l’oeuvre en mouvements contraires, sont éminemment suggestifs. L’orchestre se déploie ensuite avec générosité, même si la seule véritable mélodie est le second thème, confié aux violoncelles. Avec une inventivité constante, la musique évoque tour à tour le balancement régulier de la houle, les déferlantes qui fouettent la roche, le miroitement des embruns, la monumentalité de la grotte et les reflets étranges qui s’y développent. L’ouverture n’est pas moins novatrice dans son utilisation des timbres instrumentaux, notamment des vents : utilisés comme les couleurs d’une palette, ils créent de saisissants effets visuels et spatiaux. Cette réussite, qui place Mendelssohn parmi les orchestrateurs les plus fins, aux côtés de son ami et aîné de six ans Berlioz, lui valut ce compliment de Wagner : «Mendelssohn fut un paysagiste de premier ordre et Les Hébrides constitue son chef-d’oeuvre. Une merveilleuse fantaisie et un sentiment délicat s’y déploient avec un art consommé.»

De toutes les symphonies de Mozart, deux seulement sont dans le mode mineur, et toutes deux dans la même tonalité de sol mineur : la KV 183 (n° 25), et la KV 550 (la bien plus célèbre n° 40). Beaucoup plus qu’une simple esquisse de la «grande», écrite quinze ans plus tard, la «petite» symphonie en sol mineur est composée fin 1773 : Mozart, 18 ans à peine, se mesure déjà à ses aînés. Si l’on veut trouver les racines de son premier chef-d’oeuvre symphonique, il faudra les chercher dans les symphonies de Haydn de la même époque, sans oublier le climat préromantique qui règne alors en Allemagne. Mozart montre qu’il a retenu la leçon de Haydn : produire le maximum d’effets avec le minimum de moyens.

Après avoir achevé son cursus au Conservatoire de Paris en juillet 1855 avec l’obtention du premier prix de contrepoint et fugue et du premier prix d’orgue, Bizet décide d’écrire une symphonie. Ce n’est pour lui qu’un exercice d’un nouveau genre qui doit lui permettre de mieux maîtriser l’écriture orchestrale. C’est aussi la marque d’un intérêt et d’une fascination pour tout ce qu’accomplit son mentor, Charles Gounod, qui vient de faire exécuter sa Symphonie en ré. Quoique Bizet ne semblât guère porter d’intérêt à sa symphonie, elle témoigne d’une maîtrise de l’écriture et surtout d’une fraîcheur d’invention. Le dynamisme, la légèreté du trait, le côté «pétillant» sont redevables à Rossini et se combinent avec une aisance étonnante à d’autres modèles stylistiques comme ceux de Haydn, Mozart et Mendelssohn. L’esprit classique, sans formalisme  contraignant et sans plagiat, se révèle avec un naturel remarquable chez le jeune compositeur de dix-sept ans. 

13 novembre à l’auditorium de Lyon : « on n’est pas sérieux quand on a 17 ans… »

Jérémie Rhorer a imaginé ce programme singulier pour l’Auditorium de Lyon, autour de 3 œuvres de Mendelssohn, Mozart et Bizet pour justement contredire cet aphorisme de Rimbaud et montrer à quel point la jeunesse peut aussi produire des œuvres majeures, des œuvres de maturité. La musique échappe donc  à l’axiome qui voudrait que jeunesse rime avec inexpérience, balbutiements, immaturité. La musique est au-delà, harmonie, universelle et transcendante. J’ai choisi ces œuvres de jeunesse, toutes composées autour des 17 ans des compositeurs,  toutes trois nous étonnent par leur génie et leur aboutissement.

FELIX MENDELSSOHN BARTHOLDY
Les Hébrides (La Grotte de Fingal), ouverture de concert op. 26

WOLFGANG AMADEUS MOZART
Symphonie n° 25, en sol mineur, KV 183 (173dB)

GEORGES BIZET
Symphonie n° 1, en ut majeur

Plus qu’une ouverture de concert, Mendelssohn composa un petit poème symphonique, classique dans sa forme et profondément romantique dans ses couleurs et ses émotions. Les ondulations des cordes, se heurtant dès le commencement de l’oeuvre en mouvements contraires, sont éminemment suggestifs. L’orchestre se déploie ensuite avec générosité, même si la seule véritable mélodie est le second thème, confié aux violoncelles. Avec une inventivité constante, la musique évoque tour à tour le balancement régulier de la houle, les déferlantes qui fouettent la roche, le miroitement des embruns, la monumentalité de la grotte et les reflets étranges qui s’y développent. L’ouverture n’est pas moins novatrice dans son utilisation des timbres instrumentaux, notamment des vents : utilisés comme les couleurs d’une palette, ils créent de saisissants effets visuels et spatiaux. Cette réussite, qui place Mendelssohn parmi les orchestrateurs les plus fins, aux côtés de son ami et aîné de six ans Berlioz, lui valut ce compliment de Wagner : «Mendelssohn fut un paysagiste de premier ordre et Les Hébrides constitue son chef-d’oeuvre. Une merveilleuse fantaisie et un sentiment délicat s’y déploient avec un art consommé.»

De toutes les symphonies de Mozart, deux seulement sont dans le mode mineur, et toutes deux dans la même tonalité de sol mineur : la KV 183 (n° 25), et la KV 550 (la bien plus célèbre n° 40). Beaucoup plus qu’une simple esquisse de la «grande», écrite quinze ans plus tard, la «petite» symphonie en sol mineur est composée fin 1773 : Mozart, 18 ans à peine, se mesure déjà à ses aînés. Si l’on veut trouver les racines de son premier chef-d’oeuvre symphonique, il faudra les chercher dans les symphonies de Haydn de la même époque, sans oublier le climat préromantique qui règne alors en Allemagne. Mozart montre qu’il a retenu la leçon de Haydn : produire le maximum d’effets avec le minimum de moyens.

Après avoir achevé son cursus au Conservatoire de Paris en juillet 1855 avec l’obtention du premier prix de contrepoint et fugue et du premier prix d’orgue, Bizet décide d’écrire une symphonie. Ce n’est pour lui qu’un exercice d’un nouveau genre qui doit lui permettre de mieux maîtriser l’écriture orchestrale. C’est aussi la marque d’un intérêt et d’une fascination pour tout ce qu’accomplit son mentor, Charles Gounod, qui vient de faire exécuter sa Symphonie en ré. Quoique Bizet ne semblât guère porter d’intérêt à sa symphonie, elle témoigne d’une maîtrise de l’écriture et surtout d’une fraîcheur d’invention. Le dynamisme, la légèreté du trait, le côté «pétillant» sont redevables à Rossini et se combinent avec une aisance étonnante à d’autres modèles stylistiques comme ceux de Haydn, Mozart et Mendelssohn. L’esprit classique, sans formalisme  contraignant et sans plagiat, se révèle avec un naturel remarquable chez le jeune compositeur de dix-sept ans.