Les Echos week-end : Jérémie Rhorer parle de Beethoven

Beethoven : neuf symphonies décryptées par les chefs

07/05/2020 | Par Philippe Venturini

Pour fêter dignement le 250e anniversaire de la naissance du grand Ludwig, « Les Echos Week-end » ont proposé à six chefs d’orchestre, deux pianistes et une musicologue de décrypter pour nous ses neuf symphonies.

Symphonie n° 1 : la force de l’idée

Par Jérémie Rhorer, chef du Cercle de l’Harmonie et compositeur.

On y entendit les « explosions confuses de la présomption effrontée d’un jeune homme » ou « l’usage trop fréquent des instruments à vent ». Avec la création de sa première symphonie, le 2 avril 1800, au Hofburgtheater de Vienne, Beethoven ne laisse pas indifférent. Dès la première mesure, il bouscule son auditoire par une dissonance. L’introduction lente entretient l’ambiguïté jusqu’au début de l’Allegro con brio.

« Ce premier thème du premier mouvement, organisé sur trois notes, est banal. Mais, par son seul rythme, il va imprégner la mémoire de l’auditeur, explique Jérémie Rhorer. Beethoven a déjà la science de la force de l’idée. Elle repose non pas sur la mélodie ou l’harmonie, mais sur le rythme. Chez Beethoven, tout est thème et prétexte à développement, même une cellule apparemment anodine de quelques notes. Ce n’est que peu à peu que la musique prend forme. D’abord exposée par bribes, elle va s’organiser en phrases. Même s’il utilise le même langage que ses aînés Haydn et Mozart, qui présentent un thème très structuré, avec un point culminant, Beethoven s’en démarque. Il réduit le matériau au minimum. C’est très nouveau et c’est pourquoi il surprenait. Brahms s’en souviendra. Wagner aussi, chez qui la nature impose sa loi. Beethoven ouvre la voie de la forme. L’idée génère la forme. » Autre originalité : le final, pétillant d’esprit, qui débute lentement et semble ânonner sa gamme avant de partir comme une fusée.

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Le Cercle de l'Harmonie
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