Dramma Giocoso en 2 actes - 1787
Livret de Lorenzo da Ponte

La relation maître-valet est une constante de la trilogie Mozart / Da Ponte. Dans Les Noces, Suzanne et Figaro mènent l’action précipitée par la figure désirante de Chérubin. Figaro mesure l’espace qui lui est imparti tout en chantant sa féroce envie de pousser les murs. Quant à Leporello, il tient le compte des conquêtes. Chacun doit courir de l’un à l’autre bord des amours aristocratiques. Mais qui est inféodé à qui durant ces affaires ? Laquais, larbins, caméristes, valetaille : les petites mains sont la conscience politique des opéras. Depuis l’époque des librettistes vénitiens, tel le formidable Busenello, ils ont l’oeil critique et la langue vipérine ; ils ne sont dupes de rien et témoins de tout.
Leporello est ici le spectateur de son maître et son commentateur. Il est celui qui grappille les reliefs du festin ; littéralement, lors de la scène finale. Leporello est le double et le souffre-douleur du séducteur. Il est surtout le scribe de l’extraordinaire catalogue dont l’affriolante déclinaison révèle aussi une furieuse envie d’en faire autant. Dans leurs lettres, les tâcherons des livrets, comme Lorenzo Da Ponte, lèvent le rideau sur l’origine de tels caractères. Parce que le librettiste, sans cesse tenu de se mettre au service d’un important pour subsister, connaît dans son quotidien l’humiliation d’un valet ? Il n’y eut pas de vie de factotum plus amère que celle de Da Ponte à Vienne, si ce n’est celle de Mozart dans la Salzbourg du vicieux archevêque Colloredo. Guère étonnant que, sous leurs plumes entrecroisées, les aristocrates vacillent de leurs piédestaux et que les amours codifiées aient autant soif de transgression.

Don Giovanni / Mozart

septembre 6, 2017
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Dramma Giocoso en 2 actes - 1787
Livret de Lorenzo da Ponte

La relation maître-valet est une constante de la trilogie Mozart / Da Ponte. Dans Les Noces, Suzanne et Figaro mènent l’action précipitée par la figure désirante de Chérubin. Figaro mesure l’espace qui lui est imparti tout en chantant sa féroce envie de pousser les murs. Quant à Leporello, il tient le compte des conquêtes. Chacun doit courir de l’un à l’autre bord des amours aristocratiques. Mais qui est inféodé à qui durant ces affaires ? Laquais, larbins, caméristes, valetaille : les petites mains sont la conscience politique des opéras. Depuis l’époque des librettistes vénitiens, tel le formidable Busenello, ils ont l’oeil critique et la langue vipérine ; ils ne sont dupes de rien et témoins de tout.
Leporello est ici le spectateur de son maître et son commentateur. Il est celui qui grappille les reliefs du festin ; littéralement, lors de la scène finale. Leporello est le double et le souffre-douleur du séducteur. Il est surtout le scribe de l’extraordinaire catalogue dont l’affriolante déclinaison révèle aussi une furieuse envie d’en faire autant. Dans leurs lettres, les tâcherons des livrets, comme Lorenzo Da Ponte, lèvent le rideau sur l’origine de tels caractères. Parce que le librettiste, sans cesse tenu de se mettre au service d’un important pour subsister, connaît dans son quotidien l’humiliation d’un valet ? Il n’y eut pas de vie de factotum plus amère que celle de Da Ponte à Vienne, si ce n’est celle de Mozart dans la Salzbourg du vicieux archevêque Colloredo. Guère étonnant que, sous leurs plumes entrecroisées, les aristocrates vacillent de leurs piédestaux et que les amours codifiées aient autant soif de transgression.